Mon histoire

Rectangle 137

السلام عليكم  و رحمة الله و بركاته

a’Salam Aleykoum wa Rahmatoullah wa Barakatouh, bonjour,

           Je suis Jean-Noël Sauvaget, votre frère en Islam, en humanité pour les autres communautés. Je suis « converti ». Mais ce mot ne recouvre aucune réalité dans la vision islamique. Je suis juste revenu, par la grâce de Dieu, au message initial, original, délivré par tous les prophètes (paix sur eux).

               Donc en choisissant l’Islam, je ne me suis converti à rien. Je suis resté très fidèle à Jésus (paix sur lui), pas à l’église, malgré mon passé d’enfant de choeur ! En effet, chaque prophète a confirmé le précédent et annoncé son suivant. La chaîne de la prophétie a commencé avec Adam (paix sur lui) et s’est clôturée avec Mohammed (que la paix et la prière d’Allah soient sur lui) et, avec lui, la dernière révélation, le Coran, à destination de l’humanité entière jusqu’à la fin des temps.

              J’ai compris qu’il n’y avait qu’une seule religion. Dieu, son nom: Allah (Glorifié soit-il) a envoyé différents prophètes, à différentes époques, à différents peuples et lieux. Il suffit de suivre le prophète de son époque et on a bon. Simple et, quand on y pense. Tellement évident, comment peut-on imaginer un Dieu « embrouillant » les hommes avec plusieurs religions ? Sans plus tarder, je vous raconte l’histoire de ma « conversion ».

            Pendant la guerre du Golfe, en 1991, je travaillais, comme intermittent, à la télé française, à Paris, à TF1 J’étais assistant du chef de plateau, sur le studio de l’information, les grands journaux 13h et 20h.  A l’époque, il n’y avait pas de chaînes d’info en continu. On émettait 24H/24 lors de cet événement. (Première fois qu’on voyait la guerre en direct. On retransmettait les images de la chaîne CNN restée à Bagdad). Un soir après le journal de 20H,  il y a eu un débat. Le journaliste vedette, P.P.D.A.  a invité, André Chouraqui, homme politique franco-israélien, avocat, écrivain, qui présentait sa traduction du Coran en français (il a aussi traduit la Bible). Il s’est attaché à démontrer que les langues arabe et hébraïque, étaient toutes d’eux d’origine sémite.

             A la fin de l’émission, le Coran est resté sur la table du décor du studio. Je l’ai pris et je l’ai emmené chez moi, sans le lire, ni même l’ouvrir. Trois semaines après, un soir, chez moi, quelques jours après la fin de la guerre, allongé sur mon lit, j’ai vu le Coran sur la table de mon bureau. Je me suis dit qu’il fallait que je commence à le lire, puisque je l’avais pris. Je me suis levé et, je ne sais pas pourquoi, je suis allé dans la salle de bains et je me suis lavé les mains.

             Première fois de ma vie que je me lavais les mains pour lire un livre. Il va sans dire que je ne connaissais rien aux ablutions, à l’oudhou. J’ai commencé la lecture par le début, sourate al Fatiha et j’ai lu quelques pages d’al Baqarah (la Vache). Puis, je me suis couché et endormi.

             Pendant mon sommeil, j’ai rêvé, mais je n’ai rien vu. J’ai ressenti une très vive douleur, non localisée, indescriptible, car jamais ressentie auparavant et, par un réflexe naturel, j’ai cherché à m’échapper de cette souffrance. Mais, le fait d’y penser, cette douleur revenait à la première sensation, celle du début, la plus aiguë. Ca n’a duré qu’une  seconde, hamdoullilah, mais j’ai eu tout le temps de comprendre que ce que j’avais lu, des versets sur le châtiment de l’enfer, je l’avais rêvé: un supplice éternellement renouvelé.

          Et j’avais compris que en plus de la souffrance physique, il y avait celle, psychologique, plus terrible encore: la certitude de ne pas pouvoir s’en sortir. Mais ce n’était qu’un rêve, un mauvais rêve, indélébile. A mon réveil, son souvenir était très présent, mais je n’ai pas pensé à Dieu. Pour moi, à ce moment-là, ce n’était qu’un fort phénomène psychique. Ce que j’avais lu, je l’avais rêvé, point final.

        Le lendemain matin, je suis parti travailler. A l’heure du déjeuner, je suis monté à la cafétéria de l’immeuble de TF1, alors à Cognac-Jay, au sixième étage. Je me suis assis à table et j’ai regardé par la fenêtre. Là j’ai aperçu, sur les toits d’une maison de la rue d’en face, par la lucarne d’une chambre de bonne, le profil d’une femme voilée.

        Au début, son immobilité, m’a fait penser à un buste de statue, car je le voyais seulement de l’épaule à la tête. Puis, tout d’un coup, mouvement: le buste s’est penché en avant. Il a disparu de ma vue quelques secondes, réapparu le même laps de temps, disparu à nouveau, plus longtemps, réapparu dans sa première position, immobile, environ trente secondes, suivi d’un nouveau cycle de disparitions et d’apparitions. J’avais assisté à la prière d’une musulmane. J’étais fortement intrigué par le rêve la nuit dernière et maintenant, cette scène qui venait de se dérouler sous mes yeux.

        Dans les jours qui ont suivi, j’ai lu le Coran en entier, et j’ai découvert que beaucoup de prophètes sont mentionnés: Abraham, Moïse, Jésus (Que la paix soit sur eux) et qu’une sourate porte même le nom de Marie (Maryam). J’étais très surpris: je pensais auparavant que l’Islam n’avait aucun lien avec la chrétienté, que c’était une autre religion, une autre conception du monde.

          Mais la lecture du Coran, m’a appris cette information capitale: qu’une seule et même religion a été révélée à différents prophètes, pour différents peuples, à différentes époques. Une seule et même croyance en un Dieu unique, la même foi, juste la loi qui change, dans les détails. De cette reconnaissance de tous les prophètes, de tous les livres révélés, j’étais persuadé qu’on voulait occulter, à un large public, cette vérité : la croyance des musulmans.

           Plus tard, j’ai compris que la falsification, l’altération des messages divins antérieurs, par les pouvoirs en place, religieux ou non, était due, au refus de Sa loi. Celle-là même qui vient à l’encontre des intérêts politiques et économiques majeurs, injustes et oppressants, de la classe dominante au pouvoir. Autrement dit, on accepte la foi en Dieu, mais pas Sa loi. Car, la foi en Dieu ne gêne pas, Sa loi, si, car à elle seule, elle peut changer radicalement une société. Et c’est la meilleure société possible. En fait, la religion, c’est une révolution divine faite par des êtres humains. Mais c’est un autre sujet, je ferme la parenthèse.

           J’avais un ami musulman, algérien, qui comme moi, était très loin de la religion. On a commencé à parler de l’existence de Dieu, de l’Islam, de mon rêve, de la musulmane que j’avais vue prier. En même temps, un ami à lui, plus instruit, lui parlait de la religion et il me rapportait ses propos. On avait de longues discussions, on essayait de trouver des choses non logiques, pas très naturelles en Islam, comme dans les autres religions. On n’a rien trouvé, et peu à peu, s’est ancrée l’idée que, si j’entrais en religion, j’opterais pour l’Islam.

          Mais à ce moment-là, je ne me sentais pas capable d’en suivre tous les préceptes, car je n’étais pas du tout sûr de moi. Et comme je voulais être honnête dans mon engagement, je repoussais cela à «un plus tard », en attendant que l’image, que je me fasse de moi-même, colle  à celle du musulman décrite dans le Coran. A l’époque, je pensais que pour devenir musulman, il fallait être déjà un bon musulman. J’étais victime du «waswas» de shaïtan, (le diable) mais bien sûr, je ne le savais pas.

           Mais cette année-là, j’étais, quand même, décidé à essayer de jeûner tout le mois de Ramadan avec les musulmans. Le ramadan commençait en mars, et je voulais le faire, strictement, dans les règles. Trois mois avant son début, j’ai interrogé mon ami sur le sujet. Mais il était à peu près aussi ignorant que moi. Alors j’ai appelé l’Union des Organisations Islamiques de France. J’avais lu un article dans la presse, sur leur rassemblement annuel de fin d’année de cette association.

           Rendez-vous pris, deux jours après, j’ai été reçu par son président qui croyait, au premier abord, que je voulais me convertir parce que j’allais épouser une musulmane. Quand je lui ai fait part de mon désir de connaître seulement les règles du jeûne du mois de Ramadan parce que j’avais l’intention d’y jeûner, il fut très surpris et il m’en a demandé les raisons. Je lui ai raconté mon histoire, le rêve, etc. Il m’a dit que c’étaient des signes de Dieu. L’entretien était souvent interrompu par le téléphone, puis il m’a parlé de l’activité de l’association, et à la fin, il m’a proposé de devenir musulman.

           Je voulais dire non, car je ne me sentais pas prêt du tout. Je n’étais pas venu pour ça. Mais, un petit oui est sorti de ma bouche (à l’insu de mon plein gré !). Toujours est-il qu’il a fait entrer deux témoins. J’ai répété la « chahada » après lui, les 2 témoignages qui ont fait de moi un musulman. J’ai été surpris de la simplicité et de la rapidité. Puis tous ensemble, on a prié salât asr, (sans que je fasse l’oudhou,  puisque, je n’avais pas fait le roussoul, les grandes ablutions.)

            Ne connaissant rien, je ne faisais que suivre les mouvements. Ensuite, il m’a dit de revenir le lendemain, après avoir pris une douche et il m’a donné des livres, en français, sur l’Islam, et je suis sorti des bureaux. A cet instant, quand je me suis retrouvé sur le palier, j’étais effondré, je n’avais qu’une idée, retourner dans le bureau et annuler ma « conversion ». Shaïtan m’attendait à la sortie, je l’ai compris plus tard.

             Voilà ce qu’il m’a chuchoté « Tu es fou, tu ne te souviens pas de ce que tu as ressenti dans ton rêve, cette douleur atroce, dont tu ne pouvais pas t’échapper, le châtiment éternel de l’enfer. Si tu ne n’appliques pas tout ce qui est dit dans le Coran, voilà ce qui t’attend ! Mais si tu n’es pas musulman, il n’y a pas de problème, tu t’es pas engagé, donc pas de châtiment. Tu peux continuer à vivre comme maintenant, pas de soucis. »

              J’ai hésité. Je regardais la porte du bureau: j’entre, je n’entre pas. Finalement, j’ai descendu difficilement les marches de l’escalier en me tenant à la rampe. Une fois sorti de l’immeuble, j’étais sonné. Pour moi, à ce moment-là, j’avais fait l’erreur de ma vie. J’étais devenu musulman trop tôt. Comment faire pour m’en sortir ? Je voulais juste jeûner le mois de Ramadan, et maintenant, voilà. J’étais foutu.

Dans le métro, je cachais le sac en plastique transparent, j’avais peur que les gens ne voient les couvertures  des livres, et ne lisent les mots Islam, musulman, tout ce qui me condamnait, tout ce qui me faisait mal, alors.

              Arrivé chez moi, j’ai tout de suite téléphoné à mon ami algérien pour lui apprendre la nouvelle. Il m’a dit que c’était bien mais, au ton de ma voix, il a compris que je n’allais pas bien, et il est venu aussitôt chez moi. On a parlé un peu, il ne m’a pas rassuré. Il a été très intelligent. Il savait, qu’en matière de religion, la peur était la meilleure chose.  

               Plus tard, il m’a avoué qu’il aurait pu me dire quelques paroles qui m’auraient peut-être tranquillisé, mais sciemment, il m’avait laissé dans cet état. Ma première journée de musulman fut difficile. J’avais un très vif souvenir de mon rêve, et je me voyais déjà brûler en enfer, si je ne me conformais pas aux préceptes de l’Islam. Je n’avais plus le choix, il fallait au moins que j’essaye. Et le soir, j’ai lu, en entier, le petit livre de Maudoudi, (Comprendre l’Islam), que m’avait donné le président de l’association.

                Sa lecture m’a rassuré sur la validité de mon « choix ». Il me semblait être sur le bon chemin, car après avoir été chrétien, bouddhiste et après avoir tout abandonné, pour cause de non-adéquation avec la nature humaine, j’étais déçu à une époque, je ne désirais plus aucune religion. J’étais donc en quête de vérité.

               Dans chaque lecture, dans chaque chose vue ou entendue, consciemment ou inconsciemment, je cherchais un sens à ma vie, une grille de lecture du réel. Je savais ce que je ne voulais pas, je recherchais ce que je ne connaissais pas, mais je ne trouvais rien, j’étais perdu. On baigne dans un univers de messages, mais on n’a pas le bon, le transcendantal, et personne pour nous mettre sur la bonne voie, trop de brouillage. Je regardais les gens, et je me demandais comment font-ils pour vivre ? En apparence, beaucoup de gens font semblant de savoir où ils vont.

               Bref, je remercie mille fois Dieu de m’avoir guidé, de m’avoir donné ce bien incommensurable, l’Islam, hamdoullilah. Le lendemain, j’ai pris la douche, je suis retourné à l’association « rechahade ». Je suis sorti avec un certificat de conversion, j’ai acheté tapis, calendrier des prières, K7, prié à la mosquée, connu les musulmans et l’Islam, hamdoullilah. Ca fait 26 ans, maintenant, en 2019.

                                                                Jean-Noël Jâbir Sohovaget. (pseudo de Sauvaget)

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